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samedi 21 août 2010

Tanlajas, lugar de lajas



Avant de rentrer en France, j'avais pris le temps d'écrire quelques réflexions après ces deux années de coopération au Mexique. Je voulais le diffuser plus tôt mais les événements se sont enchaînés un peu rapidement...
Alors, un mois après mon retour, je vous livre ces lignes. Les photos sont en super mauvaise qualité puisque je comptais l'envoyer du Mexique, j'avais prévu le très bas débit...

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bonne lecture.

lundi 31 mai 2010

Rime ailleurs

Ce billet nait d’un double étonnement.
Premièrement : je viens de me rendre compte d’un truc dingue.
Deuxièmement : il m’a fallu deux pour en prendre conscience.

Aujourd’hui, en la fête de la sainte trinité voici le chant que nous avons pris durant la communion :

Señor, permite que te hable hoy,
Del dulce encuentro que me cambio,
La hora feliz en que yo escuche,
Tu palabra de amor
.

1. Dime como pudo suceder,
Si en la luz que el sol vierte al surgir,
O cuando el dolor me hace sufrir,
O fue en la noche al volver.

2. ¿Fue cuando una rosa deshojé,
O en la fuente de agua que bebí;
O fue en el calor del dulce hogar,
Donde por fin te encontré?

3. No fue en las horas de ilusión,
sino al decidir mirarme bien;
Como amigo en mi alma te encontré:
tú me esperabas ahí.


Peut être êtes vous bilingue et aurez vous découvert un chant un rien cul-cul ; peut être n’entendez vous rien à l’espagnol, mais même dans ce cas, aurez pu noter un fait étrange. Regarder bien les fins de lignes, qu’on lise ou non la langue de Cervantès, on voit bien que ça ne rime pas. Alors me direz-vous : et la strophe 1, alors ? Oui, certes, mais à voir le reste et tous les carnets de chants que je me suis empressé de compulsé, me font plus pencher pour une heureuse coïncidence, tout au plus.

Vous comprendrez mon profond émoi devant cette découverte. Comment est-il possible de composer un chant aussi mal ? l’auteur était-il mal en point ? pressé de terminé ? ou j’menfoutiste ? Voilà donc quelque chose de bien étrange aux oreilles d’un français. Car nous, voyez-vous, nous savons ce que c’est la poésie, les rimes et tout le tintouin. On nous enseigne ça depuis tout petit : lune rime avec plume, Pierrot avec mot. Car ainsi sommes nous : il nous plait entendre rimer les mots et se répéter les sons. Il nous enchante la douce mélodie des sanglots longs de l’automne, surtout quand elle rime avec la langueur monotone. Il nous émeut entendre rimer Liberté avec Egalité et Fraternité, ou encore gratitude avec bravitude.
L’hispanophone serait-il rimophobe ou bien simplement abruti ? Où sont donc passées ces chères rimes croisées, embrassées, plates ou riches qui peuplaient mon Lagarde et Michard ?

N’en concluions pas trop vite au crétinisme de nos amis hispanophone (sans toutefois rejeter complètement l’idée). C’est que, vous-vous, l’espagnol est une langue qui possède, à la différence du français, des accents toniques (rien à voir avec le Gin du même nom). La poésie d’un texte ne réside donc pas dans les rimes mais dans le rythme.


Si je m’intéresse aux rimes c’est que je suis en train d’essayer de composer un chant pour une rencontre de jeunes que nous aurons le 20 juin. Comme à chaque fois que je colle à l’exercice, je retrouve face à la même difficulté : faire coller les accents toniques avec les accents musicaux. La prosodie espagnole est donc autrement plus compliquée qu’en français, en tous cas pour moi, tout berrichon que je suis.

mercredi 19 mai 2010

Saint Isidore et Saint Crétisme




Cette semaine sur les calendriers est aparu San Isidro Labrador. Qui fut ce brave Isidro, je n'en sais rien mais ce qui es sûrt c'est qu'ici on le fête en grand. et pourquoi? parce que la Saint Isidore (15 mai) marque le retour des pluies. ca n'a d'ailleurs pas manqué puisque ce 15 mai dernier il a plu une bonne partie de la journee.



Voila plusieurs semaines que l'on s'active dans les champs, on défriche les monts, on prépare la terre, on veille sur ses semences. Tout est prêt, reste seulement à planter mais pour cela... il faut auparavant bénir les sémences. Toute la semaine, nous avons donc célébré dans plusieurs communautés des benedictions de semences.




Cette semaine, dans le même élan, nous avons célébré le Dhipak, l'Esprit du Maïs. une magnifique célébration. L'homme qui préside la prière vient de Tampamolón, une paroisse voisine. un ami m'a servi de traducteur au cours de ce rituel, tout en tenek.




La rencontre entre le christianisme et les religions traditionnelles est quelque chose de passionnant et intriguant. Il n'y a pas en réalité de juxtaposition de croyances ou bien de petit mélange maison, il y a un syncrétisme. j'emploie le mot sans bien le maitriser. Mais il y a je crois une différence majeure entre le syncrétisme et la religion à la carte (comme c'est à la mode sous nos latitudes): le syncrétisme est organisé, présente une synthèse cohérente.

Cet homme qui prie rend grace a Pulik Pailom (Dieu) et à Pulik Mim (la Terre) pour les dons recues, pour la vie, la pluie, le maïs... la prière s'organise autours de la célébration des quatre points cardinaux, symbolisés par les quatre enfants. On offre à chaque point cardinal une accion de grâce, de l'eau, de l'alcol de cane et une bougie. Offrant l'eau, il rapelle qu'elle est l'eau du bapteme, et fait le récit de la libération d'Egypte, rappellant ainsi toute l'histoire du salut.

Cet homme assume donc son être teenek de manière chrétienne et vit sa foi au Christ à travers des symboles de la culture teenek.

Pour nous le syncrétisme apparait spontannément comme une dénaturation, une frelatrie, étant acquis que, nous au moins, nous vivons un christianisme totalement pur. Il existe bien sur de nombreuses réalités indiennes au Mexique. A Tanlajás, les indigenas teenek avec lesquels je vis sont pleinement teeneks et pleinement catholiques (l'identification teneek-chretiens étant peut être , pour certains, moins problématique que teenek-mexicain).




En réalité, je crois que l'évangelisation repose précisément sur le syncrétisme, au niveau individuel ou sociétal. Je ne maitrise absolument pas le sujet, mais je crois que, au final, ce que nous nommnons syncretisme es assez proche, poru certains aspects, de ce que l'on appelle l'inculturation (aculturation?).

Les pratiques des cultures indiennes en Amérique latine nous choquent parce que l'evangelisation est encore récente. Dans nos pays de vieille chrétienté, nous avons oublié que l'évangélisation du monde romain ou de la France est passée par l'assimilaition d'éléments provenant des cultures paiennes. nous célébrons Noël un 25 décembre au moment de la fête du solstice d'hivers, nous construisons des églises là où s'édifiaient des temples, nous emplyons et adaptons notre langage aux univers culturels rencontrés, et il ne peut en être différent.

Il y a toutefois une différence entre le syncrétismne et les comportements religieux actuels. ces derniers en effet ne semblent pas porter en eux le désir de la cohérence. on peut être catholique, pratiquer la relaxation "boudiste", être un adepte de la reflexologie, être un grand lecteur de littérature de développement personnel, etc.


Bref, tout ca pour dire, que nous avons eu de belles célébrations...certes un peu longues, comptez en 4 et 5h: 30 minutes de procession, 1h de rite du Dhipak, 1h de danse et priere animée par le groupe des "adorateurs nocturnes", 2h de messe, 1h de repas partagé. Pour allonger encore un peu, faites confiances aux voitures de la paroisse toujours prêtes à prolonger le plaisir...dimanche dernier, en rentrant, la voiture nous a lâché (le classique coup du liver de vitesse qui refuse de passer les viteses et de la batterie). il était 1h du mat, a Tancolol. Nous sommes donc rentrés à pieds jusqu'a Tanlajas et sommes arrivés à 2h30 du matin.

lundi 5 avril 2010

Qui nous roulera la pierre ?



Au lever du jour, les femmes se sont rendues au tombeau. Elles viennent, embourbées dans les liens de la mort et dans la nostalgie de Sa présence, au sépulcre visiter celui qui pour elles était tout. Mais la tombe est scellée. Qui alors nous roulera la pierre ? Qui viendra nous arracher à l'emprise de la nuit ?
Nous avions voulu boucher rapidement la blessure, couvrir la béance. Mais voici qu'au matin, la pierre a été roulée. Le tombeau est vide, la blessure est ouverte, le corps pourra être guerri.

Le corps du Résuscité a disparu, il n'est pas ici. Nous sommes désormais ce Corps en genèse, Peuple de Dieu rassemblé, Corps dont la tête est le Christ, Temple de l'Esprit en marche.

A tous et a chacun, un joyeux chemin de Pâques.

mercredi 3 février 2010

Les affres de l’interculturel

Seul. Me voici seul dans Oaxaca. Ma sœur et Julien ont regagné México, je demeure quelques jours à profiter de la ville : marcher, visiter, reposer ; une retraite en quelques sorte. J’ai repéré le lieu idéal : une cours intérieure d’un édifice coloniale transformé en bibliothèque et galerie d’art. Épargné du déluge des bruits urbains, mon lieu d’asile offre un cadre idéal pour une petite journée de correspondance : une dizaine de tables et des chaises en bois profitant de l’ombrage d’une treille centenaire. J’avais repéré le lieu deux jours auparavant. Maintenant que j’ai un peu de temps, je vais enfin pouvoir écrire un peu, en ce début d’année écrire mes vœux et faire le point. Ce matin là, un beau soleil inonde la ville. Il est encore tôt, enfin, c’est relatif. Après avoir « almorzé » (almuerzo : pause petit dèj à 10h du matin, le déjeuner est plus tardif, à 15h environ), de bonne humeur je me dirige vers mon refuge. Mais avant une halte s’impose dans une papeterie pour m’équiper en stylo et papier à lettre. Je demande aux passants, on m’indique le nom de la meilleure et plus grande papeterie de la ville. J’y cours. C’est en effet immense : il faut prendre un ticket à l’entrée. Rapidement le numéro 45 s’affiche sur l’écran. Je passe en caisse 15. Je choisis un stylo noir parmi les quinze ou vingt modèles exposés – elle est vraiment très bien cette papeterie. Ah oui, et je voudrais aussi du papier à lettre, s’il vous plait. Un cahier de brouillon ? Non, un bloc de papier pour écrire des lettres. La jeune fille s’enfonce dans l’un des rayons et revient avec un cahier d’écolier, papier blanc de 51 g/m². Je fais part de ma surprise et lui demande s’il elle n’a pas un grammage plus élevé (qui a dit : le chieur !). Je ne voudrais pas faire mon snob, mais écrire une lettre sur un papier de 51 g/m², c’est juste pas possible, même le papier toilette du restaurant où j’ai almorzé est plus résistant !

Je décline la proposition de la vendeuse et m’en vais, bredouille. Je fais une ou deux autres papeteries mais sans plus de résultats. J’étais tellement content et enthousiaste de pouvoir écrire « pour de vrai » que sur le coup j’ai été réellement énervé. Je dois même avoir confessé avoir assez virulemment pesté contre les mexicains. J’ai alors réalisé un truc incroyable : si ça se trouve, il n’y a pas de papier à lettre au Mexique (bon au moins dans les trois papeteries d’Oaxaca où je me suis rendu, ok la généralisation est peut être un peu hâtive).

Voilà une révélation qui m’a scotché. Mon étonnement porte sur différents points :
1. Je m’amuse de m’avoir énervé. Ben oui, je veux dire, ça serait quelqu’un qui n’aurait pas suivi une aussi bonne formation par la DCC avant de partir en coopé sur les différences culturelles ou qui n’aurait pas mon sens de la distanciation, je comprendrais. Mais moi, être capable d’oublier qu’il y a des différences entre le Mexique et la France, voilà qui est étonnant.

2. Assurément mes conditions de vie à Tanlajás sont différentes de celles que j’avais en France – encore qu’il faudrait nuancer. J’ai donc éprouvé et continue d’éprouver que la culture mexicano-tenec qui m’accueille est différente de la mienne. Il y a des choses qui existe en France et qui n’existent pas à Tanlajás et réciproquement, bien sur. Et voilà que je me laisse surprendre, et énerver de surcroit, par l’absence du papier à lettre. Des études scientifiques assez poussées ont démontré que finalement on pouvait considérer le papier à lettre comme n’étant pas essentiel à la survie, son absence ne semble donc pas en soi devoir constituer un drame.

3. Qu’on le veuille ou non, la culture dans la quelle nous baignons finit toujours par nous infiltrer par quelque pore que ce soit. Nous sommes des êtres poreux. Nous ne sommes pas étanches, « culture-proof » pourrait-on dire. Ainsi, au cours des 19 mois passé ici, j’ai intégré des éléments de la culture environnante. Ce qui hier constituait un sujet d’étonnement est aujourd’hui assimilé et intégré. Et jusqu’à ce jour, je n’avais jamais ressenti l’absence de papier à lettre comme un manque, un signe de sous développement, un scandale, une frustration.


J’ai marché à vive allure, tout énervé que j’étais, j’avais besoin d’évacuer ma colère. Je suis tombé sur une petite boutique qui vendait à peu près de tout. J’ai acheté le premier cahier à feuilles blanches que j’ai trouvé (je ne supporte pas de suivre des lignes pour écrire). Il n’était pas encore trop tard, la bibliothèque était encore ouverte, par chance presque déserte. Avec beaucoup de joie j’ai pu prendre le temps d’écrire.



Voilà un an et demi que je fais des gâteaux au pifomètre : beurre, sucre et farine à vue de nez. La semaine dernière cependant profitant d’avoir un peu de temps sur Ciudad Valles, j’ai pris le temps d’enquêter et de partir à la recherche d’un verre gradueur. Plein d’enthousiasme, je vais de boutique en boutique, sans me décourager. Enfin, une vendeuse me dit qu’elle a ce qu’il me faut. Quand elle revient de l’arrière boutique elle m’apporte un verre qui n’indique que les volumes d’eau en ml et en unités anglo-saxonnes (ils ne peuvent jamais rien faire comme tout le monde –c'est-à-dire comme moi – eux non plus !). De nouveau, je dois me rendre à l’évidence : un verre gradueur comme le mien à moi que j’ai chez moi en France, ça n’existe pas par chez moi au Mexique. Peut être le fait que les gâteaux « à la française » n’existent pas peut expliquer cela. Quand la cuisine se fait au feu de bois (comme c’est le cas dans les communautés), la question de faire cuire un gâteau au four se pose peu au final.

Je suis rentré à Tanlajás. J’ai fait mon gâteau au chocolat comme je l’ai toujours fait depuis un an et demi : au pifomètre. Et vous voulez savoir ? Ben il était super bon.