mercredi 3 février 2010

Les affres de l’interculturel

Seul. Me voici seul dans Oaxaca. Ma sœur et Julien ont regagné México, je demeure quelques jours à profiter de la ville : marcher, visiter, reposer ; une retraite en quelques sorte. J’ai repéré le lieu idéal : une cours intérieure d’un édifice coloniale transformé en bibliothèque et galerie d’art. Épargné du déluge des bruits urbains, mon lieu d’asile offre un cadre idéal pour une petite journée de correspondance : une dizaine de tables et des chaises en bois profitant de l’ombrage d’une treille centenaire. J’avais repéré le lieu deux jours auparavant. Maintenant que j’ai un peu de temps, je vais enfin pouvoir écrire un peu, en ce début d’année écrire mes vœux et faire le point. Ce matin là, un beau soleil inonde la ville. Il est encore tôt, enfin, c’est relatif. Après avoir « almorzé » (almuerzo : pause petit dèj à 10h du matin, le déjeuner est plus tardif, à 15h environ), de bonne humeur je me dirige vers mon refuge. Mais avant une halte s’impose dans une papeterie pour m’équiper en stylo et papier à lettre. Je demande aux passants, on m’indique le nom de la meilleure et plus grande papeterie de la ville. J’y cours. C’est en effet immense : il faut prendre un ticket à l’entrée. Rapidement le numéro 45 s’affiche sur l’écran. Je passe en caisse 15. Je choisis un stylo noir parmi les quinze ou vingt modèles exposés – elle est vraiment très bien cette papeterie. Ah oui, et je voudrais aussi du papier à lettre, s’il vous plait. Un cahier de brouillon ? Non, un bloc de papier pour écrire des lettres. La jeune fille s’enfonce dans l’un des rayons et revient avec un cahier d’écolier, papier blanc de 51 g/m². Je fais part de ma surprise et lui demande s’il elle n’a pas un grammage plus élevé (qui a dit : le chieur !). Je ne voudrais pas faire mon snob, mais écrire une lettre sur un papier de 51 g/m², c’est juste pas possible, même le papier toilette du restaurant où j’ai almorzé est plus résistant !

Je décline la proposition de la vendeuse et m’en vais, bredouille. Je fais une ou deux autres papeteries mais sans plus de résultats. J’étais tellement content et enthousiaste de pouvoir écrire « pour de vrai » que sur le coup j’ai été réellement énervé. Je dois même avoir confessé avoir assez virulemment pesté contre les mexicains. J’ai alors réalisé un truc incroyable : si ça se trouve, il n’y a pas de papier à lettre au Mexique (bon au moins dans les trois papeteries d’Oaxaca où je me suis rendu, ok la généralisation est peut être un peu hâtive).

Voilà une révélation qui m’a scotché. Mon étonnement porte sur différents points :
1. Je m’amuse de m’avoir énervé. Ben oui, je veux dire, ça serait quelqu’un qui n’aurait pas suivi une aussi bonne formation par la DCC avant de partir en coopé sur les différences culturelles ou qui n’aurait pas mon sens de la distanciation, je comprendrais. Mais moi, être capable d’oublier qu’il y a des différences entre le Mexique et la France, voilà qui est étonnant.

2. Assurément mes conditions de vie à Tanlajás sont différentes de celles que j’avais en France – encore qu’il faudrait nuancer. J’ai donc éprouvé et continue d’éprouver que la culture mexicano-tenec qui m’accueille est différente de la mienne. Il y a des choses qui existe en France et qui n’existent pas à Tanlajás et réciproquement, bien sur. Et voilà que je me laisse surprendre, et énerver de surcroit, par l’absence du papier à lettre. Des études scientifiques assez poussées ont démontré que finalement on pouvait considérer le papier à lettre comme n’étant pas essentiel à la survie, son absence ne semble donc pas en soi devoir constituer un drame.

3. Qu’on le veuille ou non, la culture dans la quelle nous baignons finit toujours par nous infiltrer par quelque pore que ce soit. Nous sommes des êtres poreux. Nous ne sommes pas étanches, « culture-proof » pourrait-on dire. Ainsi, au cours des 19 mois passé ici, j’ai intégré des éléments de la culture environnante. Ce qui hier constituait un sujet d’étonnement est aujourd’hui assimilé et intégré. Et jusqu’à ce jour, je n’avais jamais ressenti l’absence de papier à lettre comme un manque, un signe de sous développement, un scandale, une frustration.


J’ai marché à vive allure, tout énervé que j’étais, j’avais besoin d’évacuer ma colère. Je suis tombé sur une petite boutique qui vendait à peu près de tout. J’ai acheté le premier cahier à feuilles blanches que j’ai trouvé (je ne supporte pas de suivre des lignes pour écrire). Il n’était pas encore trop tard, la bibliothèque était encore ouverte, par chance presque déserte. Avec beaucoup de joie j’ai pu prendre le temps d’écrire.



Voilà un an et demi que je fais des gâteaux au pifomètre : beurre, sucre et farine à vue de nez. La semaine dernière cependant profitant d’avoir un peu de temps sur Ciudad Valles, j’ai pris le temps d’enquêter et de partir à la recherche d’un verre gradueur. Plein d’enthousiasme, je vais de boutique en boutique, sans me décourager. Enfin, une vendeuse me dit qu’elle a ce qu’il me faut. Quand elle revient de l’arrière boutique elle m’apporte un verre qui n’indique que les volumes d’eau en ml et en unités anglo-saxonnes (ils ne peuvent jamais rien faire comme tout le monde –c'est-à-dire comme moi – eux non plus !). De nouveau, je dois me rendre à l’évidence : un verre gradueur comme le mien à moi que j’ai chez moi en France, ça n’existe pas par chez moi au Mexique. Peut être le fait que les gâteaux « à la française » n’existent pas peut expliquer cela. Quand la cuisine se fait au feu de bois (comme c’est le cas dans les communautés), la question de faire cuire un gâteau au four se pose peu au final.

Je suis rentré à Tanlajás. J’ai fait mon gâteau au chocolat comme je l’ai toujours fait depuis un an et demi : au pifomètre. Et vous voulez savoir ? Ben il était super bon.

dimanche 31 janvier 2010

Episode 3: Les plages de la côte pacifique de l'Oaxaca



Cette semaine voici le troisieme épisode de la visite de ma soeur au Mexique. Apres Mexico et Tanlajás, nous voila partis pour le sud du pays. Le jour de noel nous prenons l'avion pour Huatulco sur la côte pacifique de l'état de Oaxaca.
Dépaysant comme il n'y a pas. un tres bon moment avec en prime une petite escale dans une baie perdue, mais alors perdue, tres sympa.

Pour voir les photos, c'est par .

lundi 25 janvier 2010

Assamblée Générale de la pastorale des Jeunes



Ce we nous avons vécu un moment important de l'année. La pastorale des jeunes tenait son assamblée générale, à l'issue de laquelle nous avons procédé au renouvellement de l'équipe paroissiale de pastorale des jeunes.
Le we était construit en trois temps:
1. Evaluation des différentes Antorchas (comemtn ca vous ne savez toujorus pas ce qu'est la antrocha, cf les posts précédents !);
2. Formation sur l'importance du groupe de jeune dans une commuanauté et sur les objectifs d'un groupe de jeunes. de nombreux temps de jeux ont permis de faire émerger la ocnscience de groupe et l'importance du travial en équipe.
3. Assamblée générale: proposition de projet et axes pour 2010, renouvellement de l'équipe.

Je crois que c'est certainement le meilleurs we de pastorale des jeunes que nous ayons eu depuis deux ans. Le lent travail de prise de conscience et d'animation aupres des jeunes commence à porter son fruit. Bien sur, ils n'étaient pas 50 000, et manquent encore bcp de communauté à animer. Mais les jeunes présents ont fait ce pas de se soucier, non seulement de leur communauté, mais aussi des autres. Parmi les résolutions et les objectifs: un programme de visite des diférentes commuanutés et nombreuses pistes tres interessantes.
Pour orienter notre réflexion, nous nous sommes basés sur la parole des évêques d'Amerique latine et Caraibe réunis en 2007 `Aparecida au Brésil. Un temps de reflexions réellement fécond et je dois avouer que ces jeunes m'ont impressioné.

Nous avons donc une nouvelle équipe de coordination de la pastorale des jeunes. Cette équipe aura à sa charge les différentes activités de l'année mais aussi la mission d'accueillir mon successeur en aout prochain.


Pour voir quelques photos du we, c'est ici.

samedi 16 janvier 2010

Noticias de Tanlajás

Avec quelques heures de décalage, où que nous soyons sur le globe, nous avons vu naitre l'année nouvelle il y a quelques jours. Temps de commencement, de renouveau, temps inaugural et rien ne semble réellement changer. Tout percevoir la nouveauté, l'inédit, l'parait suivre son cours. Et c'est bien là la difficulté: arriver à
l'inouï, de ce qui nous est donné de vivre, au cœur pourtant même du quotidien
devenu banale. Ce qui hier était sujet d'étonnement est devenu chose normale, intégrée. Comment trouver alors la force de s'étonner encore et toujours ? La force de s'indigner des injustices rencontrées ? Tel est là notre défi.

En ce qui me concerne, 2010 apporte avec lui un événement inédit à venir (non je ne parle pas du match France-Mexique le 17 juin dans le groupe A de la coupe du monde): en juillet prendra fin mon temps de coopé et il me faudra regagner les terres du vieux continent. Six mois donc avant de retourner en France et de faire mes adieux à la Huastéca. Une chose cependant est certaine, à l'instar des mages, transformés par leur rencontre avec le Prince de la Paix sous les traits d'un enfant, je repartirai, nous aussi, par un autre chemin.

A tous et à chacun, je voudrais avec ce message adresser mes vœux les meilleurs pour cette année nouvelle: une année pleine de joie, d'étonnement et de paix.
Taiku tsu uxin, à bientôt,

voici en ce début d'année quelques "Noticias de Tanlajás - enero 2010". Vous pouvez les télécharger ici en pdf ou bien en word 2007 (docx).

Episode 2 : Séjour à Tanlajás


Cette semaine, je poursuis le récit du séjour de ma soeur pour noël.
Après la plus grande agglomération du monde... le petit village de la Huastéca Potosína: de 9 millions à 1200 habitants.
En peu de jours, je crois pouvoir dire que les découvertes ont été nombreuses et le programme riche: mariages, fête des quinze ans, départ de notre curé, posadas, fête de noël, et tout le quotidien.
Allez découvrir sans plus tarder les photos de l'épisode 2: séjour à Tanlajás.

lundi 4 janvier 2010

Episode 1: L'arrivée à México



Cette année, j'ai la joie de recevoir la visite de ma soeur et de Julien pour Noel. Voici donc le premier épisode des récits de leur périple.

Aujourd'hui épisode 1: L'arrivée à Mexico.
Fort heureusement le vol avait deux heures de retards, cela m'a laissé le temps de m'apercevoir que j'attendais depuis une heure et demie devant une porte qui n'était pas la bonne... porte 2 du Hall 1 au lieu de la porte 1 du Hall 2...Enfin, on a fini par se trouver, c'est le principal.
Nous sommes restés trois jours sur le DF, l'occasion de découvrir les grands lieux de la capitale et de tester les spécialités culinaires... et le chile!

vendredi 1 janvier 2010

¡Feliz año nuevo!

Le soleil s'est levé sur Oaxaca et sur l'année nouvelle. Quelques heures après vous, en France, nous avons entammé la décennie dans les bruits de pétards et des vivas. Ce matin le zócalo conserve tout juste quelques confetis glissés dans les interstices des pavés de la place, reliques des festivités de la veille.

Me voici donc sur Oaxaca pour inaugurer 2010. Dans le dernier message, je vous faisais part de la réalisation de la Antorcha. Depuis, de nombreux événements se sont passés, la fin de l'année a été riches en émotions...
Pour commencer, nous avons du dire aurevoir à Miguel (notre curé basque) qui poursuivra sa mission en France. Son départ a été un peu rapide allons nous dire. entre colère et tristesse, nous avons du organiser son départ en une semaine. C'est durant ce temps un peu difficile pour nous que sont venus nous visiter Isabelle, ma soeur, et Julien. Je crois qu'en peu de temps, ils ont pu vivre un grand nombre de choses et des moments importants pour toute la communauté.
Le jour de noël, nous nous sommes envolés pour la côte pacifique de l'état d'Oaxaca: Huatulco, Baie (très) sauvage de San agustín, plage de surf de Zipolite et puis Oaxaca. mes visiteurs sont repatis le 29 decembre. Je suis pour ma part resté quelques jours dans cette magnifique cité coloniale. Ces jours, de retraite en somme, m'ont fait le plus grand bien. Je rentre demain sur Tanlajas. D'abord 7h de bus pour gagner Mexico puis 8 autres de nuit pour arriver jusqu'a Valles. De là, une toute petite heure de bus je serai de retour dans ma huasteca.
Le début sera lui aussi chargé: évaluation de la antorcha, comptabilité, renouvellement de l'équipe de pastorale juvenile, accueil de notre nouveau curé...

J'entame en ce 1er janvier, mon dernier semestre au Mexique. Dans la premiere moitié du mois de juillet, je regagnerai les terres du vieux continent. Je vais peu à peu devoir préparer mon retour (contact avec la DDEC pour entrer dans le mouvement pour l'emploi 2010, notamment).

Le permier janvier est traditionnellement la journée pour la Paix. La vie dans ce petit coin perdu de la huastéca me fait sans cesse apprécier l'injonction de Jean XXIII: " Si tu veux la paix, lutte pour la justice". ici, comme dans bien des lieux du globe, les injustices demeurent qui amenuisent tout espoir de paix réelle.


En ce début d'année nouvelle, recevez mes voeux les meilleurs. Puisse 2010 voir l'heureuse réalisation de vos projets.

Une très bonne année à tous et à chacun.