vendredi 10 juillet 2009

Vox populi ...

Alors, je sais, vous êtes nombreux à vous demandez : mais quels sont donc les résultats à Tanlajás ? (vous aurez compris que la question précédente est purement rhétorique puisque, étonnamment, je n’ai pas été harcelé de mail, à croire que personne au monde, exception faite des tanlajenses, ne se préoccupent de nos élections !)

Spots publicitaires de l’IFE
Etant sur le DF ce we, je n’ai pu assister au dépouillement, j’ai eu les résultats sur internet depuis mexico et la confirmation en arrivant ici.
Comme nous n’avons pas de télé à la maison, je n’avais jamais pu voir les spots publicitaires de l’IFE. L’IFE, c’est l’institut fédéral électoral. Il est chargé de contrôler le déroulement des élections et de sanctionner les irrégularités. Du style : type croisé dans la rue avec une valise de faux bulletin de vote, groupe de personnes achetant le vote des gens (pour quelques centaines de pesos), problème de comptage des voix…
Les spots, très bien faits, on rappel les grand interdits : offrir de l’argent pour acheter un vote est un délit, offrir des vivres ou quoique ce soit est un délit, user de son autorité hiérarchique pour que ses employés vote comme soi est un délit, virer quelqu’un parce qu’il ne vote pas comme soi est un délit… j’ai bien ri parce que, figurez-vous, il n’est pas un seul de ces délits que nous ne commettions pas à Tanlajás !
Tous les partis ont distribué des quantités incroyables de vivres, de laminas (tôles pour les toits), ballons de foot, des trajets en ambulance, des aides financières. Le parti au pouvoir a distribuer les aides alimentaires venues de l’état qui avaient été stockées depuis plus de six mois en prévision de la campagne (c’est à dire que depuis plus de six mois par une aide alimentaire n’a été accordée par la municipalité). Une personne de la mairie qui soutenait le candidat d’un autre parti a été licenciée quelques semaines avant l’élection. Je vous épargne la litanie interminable des manquements aux règles de l’IFE.

And the winner is…Après plus de deux mois de campagne électoral, après que les candidats aient sillonné les routes et les chemins du municipio, après des centaines de distributions de vivres, de ballons de foot, de taules pour faire les toits, après des milliers de promesses en tout genre (constructions d’hôpitaux, d’université, baisse du prix de la réception des chaines TV satellitaires, allocations diverses et variées…), les électeurs ont fait leur choix. (encore que je m’interroge la réelle capacité à faire un choix libre et raisonné vue la conception de la politique par ici…).



Les urnes ont parlé : c’est le Docteur Rafael, candidat du PRD qui emporte la présidence de Tanlajás pour trois ans.

Et maintenant ?
La politique divise, créer des clans. Les élections finies, on espérait la fin des divisions, des luttes, des rivalités ; mais il n’en est rien. C’est maintenant que les vraies lutes d’influences commencent. Quand arrive une nouvelle administration, elle nomme tous les personnels qui travailleront à la municipalité pour les trois ans à venir. Un peu à l’américaine, les postes d’administrations sont réservés aux partisans et aux amis du vainqueur. Et c’est là que la bataille s’engage pour de vraie. Il s’agit de s’assurer, pour soi et sa famille, un travail pour les trois prochaines années.
Il n’y a donc aucune continuité entre les différentes équipes de gouvernement ; aucun suivi donc dans les affaires sociales par exemple. Chaque administration recommence à zéro. Il y a trois ans le maire sortant (le mari de la candidate du PT) pour préserver ses amis et faire tout ce qu’il pouvait pour emmerder son successeur à mis en place un syndicat des travailleurs administratifs. Les personnels affiliés au syndicat ne peuvent pas être virés, ils sont inamovibles. On donc cohabité lors du précédent mandat des gens du PRD et du PAN. Le maire sortant rejetant la faute aux syndicalistes quant au manque d’argent empêchant de réaliser les projets ; un syndicaliste doit en effet percevoir une couverture sociale, ce qui aurait causé l’endettement de la mairie.
Le plus navrant au final est que l’attribution de ces postes de mairie (de la secrétaire aux éboueurs, en passant par le postier, le professeur de broderie…) relève de la féodalité, de l’allégeance au prince. Littéralement, les gens se vendent pour avoir un boulot. Evidemment, peut être vous faisiez vous la question, il n’est à aucun moment question d’une quelconque compétence requise pour l’obtention d’un poste, hormis bien sur la fidélité politique. Pendant trois ans, par exemple, le jeune homme chargé des projets productifs (aides aux agriculteurs et projets entrepreneuriaux) n’a fait suivre aucune demande d’aide. Il sait à peine lire et n’a jamais rien compris au fonctionnement des commissions de l’état.
La présidente du DIF (affaires sociales) qui gère la plus grosse partie du budget de la présidence est, par loi, l’épouse du président municipal. Pour le simple fait d’être l’épouse du maire, elle se retrouve à la tête du service le plus important dans un municipio comme Tanlajás, et bien sur, sans aucune qualification pour le travail. J’ai été sidéré quand j’ai découvert que la règle est d’usage en dehors de Tanlajás : la présidente nationale du DIF est l’épouse du président de la république. Comme un petit reste de monarchie.

jeudi 9 juillet 2009

De retour sur Tanlajás

Me voici de retour sur Tanlajás après quelques jours à Mexico. Durant mon passage sur le DF, j’ai pu m’inviter au pot de départ du directeur d’une école salésienne à Coyacan (que je ne connaissais pas, naturellement), suivre une conférence sur le réchauffement climatique et une leçon de comment planter un arbre au centre national de la Croix Rouge mexicaine, voir un film anglais bien intéressant à la cinémathèque, visiter le château de Chapultepec et enfin voir de mes yeux les statues érigées à la mémoires des enfants héroïques (niños héroes), découvrir la Maison de la France et sa très belle bibliothèque, célébrer à la basilique de Guadalupe une messe d’action de grâce pour la béatification de Emilie de Villeneuve (française fondatrice de la congrégation des « sœurs bleues » qui vont venir à Tanlajás dans quelques mois), faire s’arrêter un bus sur l’autoroute, aller se perdre dans les ruelles du quartier San Angel, contempler une journée électorale, faire un tours à la paroisse française, flâner dans les allés des librairies… bref, tout plein de bonnes choses.

Venu dimanche avec Miguel, Sebastian est resté du dimanche au mardi avec moi. Sebastian a 17 ans et c’est la première fois qu’il sort de Tanlajás et vient au DF. Grande aventure donc. Nous passons la journée du lundi à sillonner les rues du centre et à aller de monuments en monuments. C’est amusant de faire découvrir à un mexicain les lieux de son Histoire. Amusant aussi de le voir découvrir le métro, les escalators et autres bizarreries urbaines.

Bientôt des photos de nouvelles photos de mexico…. Mais quand j’aurai le temps et qu’internet le permettra.

Histoire de France

Je sors à Insurgentes. Du monde, évidemment. Je file dans les petites rues. Le bonheur de pouvoir marcher vite, comme si je savais où j’allais. Des immeubles en construction en différents endroits, des chantiers. Je continue tout droit, puis première à gauche : rue du Havre. Nous y sommes. A l’ombre d’un des plus grands immeubles de Réforma, se dresse une petite maison – en réalité pas si petite que ça, mais le contraste avec les immeubles avoisinants vient accentuer la chose. Casa de Francia. La maison de la France au Mexique. L’immeuble a conservé sa beauté du XIXé. Au rez-de-chaussée, un restaurant français propose des recettes mi-françaises, mi-mexicaines. Les deux autres niveaux sont occupés par la médiathèque. L’aménagement est magnifique, très classe. Petit salon de revues (courrier du monde, le Monde, Science et vie, le Monde des religions, et même Fluide glacial !) ; allées de livres, de BD. Je suis dans mon élément. Je parcours les rayonnages : littérature, romans, sciences sociales, économies, BD… et voici que je tombe sur histoire. Rayon bien difficile à fournir que celui de l’histoire. L’histoire de France est riche en événements ; les époques, les rois puis les présidents s’y sont succédés. Que choisir ? Que présenter à des mexicains qui voudraient percer les mystères de l’Histoire de France ? Quels sont les incontournables ? la réponse en image…



… et oui, un livre sur le Berry : ça c’est la classe ! Je ne sais pas qui est le monsieur ou la madame qui s’occupe du fond histoire mais sans nul doute quelqu’un de cultivé et de perspicace !
Pour la petite histoire, Nérondes n’est mentionné qu’une seule fois dans le dit ouvrage. Au XVème siècle ; et dans le chapitre « misère et décadences ». No comment.

jeudi 2 juillet 2009

El Oso Polar

Je ne résite pas à vous faire partager la musique de la huastéca et surtout la fameuse, tres tres fameuse, ici, chanson de l'oso polar. Je l'entends en boucle sur toutes les radios depuis six mois. Les partis politiques ont en fait leur hymnes de campagne.

Le texte est d'une grande profondeur philosophique et puis c'est vrai que, sous nos latitudes, il faut toujours se méfier des ours polaires.



Je voudrais raconter à tout le monde ce qui m'est arrivé quand je suis allé visiter le zoo. Je marchais la bas quand soudain apparu un ours grand et polaire qui voulait me voler !
Me roba, me roba el oso polar, me roba, me va a llevar.
il me rapte, il me rapte l'ours polaire, il va m'emporter !


Si le lien ne marche pas: vous pouvez cliquez ici ou ici (pour voir le clip)

Clôture de la campagne électorale

Clôtures



Les curieux sont arrivés un peu plutôt. En apparence pourtant rien d’extraordinaire à voir un camion décharger sur la place. Mais voilà, ce camion n’est pas n’importe quel camion : c’est celui de Selva Negra. Ce nom ne vous dit certainement rien mais ici une super star… bon au moins dans la Huastéca. Tandis que le groupe s’installe, les militants du PAN s’activent pour décorer les halles municipales aux couleurs du parti.
Comme le PAN, les autres partis ont clôturé cette semaine leur campagne électorale. Cinq soirs de suite, les rues de Tanlajás se sont remplies de sympathisants. En réalité, ce sont les mêmes qui viennent chaque soir ; seul change le T-shirt. Le PANAL et le PRI ont peu mobilisé. Les trois grands partis traditionnels ont eux attiré près d’un millier de personne.
Le rituel est immuable : la soirée commence par une marche sur Tanlajás, tels un empereur romain entrant triomphalement dans une ville conquise, feux d’artifice, pétards, ballons, musiques… S’en suit la présentation de l’équipe puis pour finir le mot du candidat. La soirée s’achève par un bal.
La politique est ici résolument festive.



Les allocutions des candidats sont totalement populistes. Il y a une confusion entretenue entre le parti et l’état/la municipalité. Les promesses sont, évidemment, disproportionnées. Et chacun de s’engager à respecter le peuple, à ne pas continuer dans le logique de corruption, etc, etc. On a vu la candidate du PT s’élever contre le détournement d’argent du maire sortant pour construire sa maison, omettant de préciser que sa propre maison a été construite avec les deniers publics lorsque son époux était maire il y a 6 ans… Tous les discours sont contradictoires. C’est affligeant.

Discussion avec un homme d’une communauté : « moi je vais voter pour le PAN, ils m’ont offert un verre de soda ». Je marque mon étonnement et lui rappelle qu’il est bien libre de voter pour qui il veut. « Oui, mais ils ont installé quelque chose dans le verre qui va les renseigner sur qui j’ai voté. » Généralement après ça, je ne sais jamais trop quoi dire.

La chose la plus triste est de voir le peu d’intérêt pour le bien commun. L’élection est la possibilité d’accéder à un emploi. Il faut être amis du candidat car il pourra peut être t’offrir un poste à la mairie. Les partis font la tournée des communautés relevant les numéros de cartes d’électeurs – chose totalement illégale – afin d’avoir une liste de sympathisants. Après l’élection, si tu n’as pas donné ton nom avant, tu n’as aucune chance pour qu’une demande de subvention ou d’aide de la mairie te soit accordée. Je ne parle même pas des gens qui vont pour acheter les votes en échange de deux ou trois cents pesos.

Nous avons, pour notre part, profiter de ces affluences massives pour vendre quelques petites choses à manger afin de financer le voyage à Tepic, et cela a bien marché.


Le Grand silence
Aujourd’hui, un peu à la manière d’un samedi saint, nous entrons dans le grand silence jusqu’aux élections. Toutes les affiches – et dire qu’il y en a beaucoup est un euphémisme - ainsi que les peintures murales doivent disparaitre. A la radio ce matin, aucune chanson de candidat.
Le vote c’est dimanche. On votera à sept endroits de la municipalité. Pour voter, il faut cocher la photo de son candidat, il n’y a pas d’enveloppe. On pose le bulletin dans l’urne. Les comptages ont lieux deux fois. Le résultat devrait être connu dans la nuit de dimanche à lundi.
Je ne serai même pas là ! Je pars ce soir pour quelques jours sur le DF. Dimanche à lieu une messe d’action de grâce en raison de la béatification d’Emilie de Villeneuve qui aura lieu ce dimanche à Castres : nous allons représenter la France !

lundi 29 juin 2009

Si tu ne viens pas à Santa Ana...



Dans un mois, 26 juillet, nous célèbrerons la fête patronale de Tanlajás en l'honnerude Santa Ana. En préparant le programme de la fête avec les responsables des communautés un constat revient: cette année aussi mes enfants qui travaillent à Monterrey ou aux US ne pourront pas venir. D'où cette idée d'aller, un mois avant, le 25 juin donc, célébrer la messe à Monterrey.

Il n'est quasi pas une famille qui n'ait pas un ou plusieurs membres dans la capital de l'état de Neuvo Leon. Nous voila donc partis avec Miguel, le 24 juin au soir. Les joies des voyages à la mexicaine: tu sais quand tu pars, tu sais pas quand t'arrive! Nous prenons le dernier bus qui sort de Tanlajás à 20h. Arrivée à Valles à 21h. Nous devons prendre l'autobus de 22h30. Quelques minutes avant l'heure, la compagnie nous annonce que le bus est supprimé. Tous les autres bus sont pleins. Nous devons attendre 1h30 du mat pour avoir de la place. Il est tard, je suis naze, je ne rêve que de dormir...c'etait sans compter sur mon voisin qui à la bonne idée de ronfler à mort. J'ai des envies de meurtre. A 4h du mat nous arrivons à ciudad Mantes, en plein milieu de la route, le bus tombe en panne. Première fois de ma vie que je pousse un autobus ! il nous faudra attendre jusqu'5h pou voir se pointer un autre bus. Nous ar`riverons à Monterrey à 12h30...au lieu de 6h du matin.

Monterrey s'est hissée en quelques années à la troisième place des villes du mexique, derrière Mexico, bien sur, et Guadalajara. En 1950, le ville ne comptait que 300 000 hbts, aujourd'hui elle en compte 3,7 millions. C'ets devenu un pôle économique majeur du pays. L'architecture est résolument moderne. Monterrey veut jouer et joue dans la cours des grands. Inutile de préciser que tous les jeunes de Tanlajás ne rêve que d'une chose: aller à Monterrey !




Nous célébrons la messe dans la paroisse située tout à côté de la centrale d'autobus. une petite trentaine sont venus. L'ambiance est tres sympa. CEla me permet de retrouver Gabriel, un jeune de Tanlajás, parti il y a deux semaines sur Monterrey, ayant achevé son lycée. Comme beaucoup, il vient pour trouver un boulot afin de pouvoir, peut être, un jour financer des études.

Nous repartons quelques heures après la célébration. Les deux nuits consécutives en autobus ont été bien fatiguantes. Nous sommes toute fois bien heureux de cette experience que nous renouvellerons l'an prochain mais cette fois ci un samedi pour faciliter ceux qui bosse de nuit.

Quelques photos de monterrey sur picasa.

NO HAY DEMOCRACIA


No Hay democracia verdadera y estable sin participación ciudadana y justicia social
En ce contexte politique d’élections, le service de pastoral social de la conférence des évêques mexicains a publié un message au titre choc : NO HAY DEMOCRACIA ; il n’y a pas de démocratie. Le titre en entier n’apparait qu’en deuxième page : il n’y a pas de démocratie véritable et stable sans participation citoyenne et justice sociale. Le tract distribué dans les églises résume en dix-huit points le message que l’église mexicaine a formulé à l’approche des échéances électorales.
Morceaux choisis :
« L’Eglise catholique n’est pas une entité politique mais si, elle est une institution social dont la mission lui intime de ne pas perdre son indépendance et son autorité morale pour plaider en faveur des pauvres. »
« L’objectif est d’impulser un vote responsable. Nous n’entendons pas par cela un prosélytisme politique ni même une politique partisane. Nous ne prétendons pas utiliser notre ministère pour influencer les fidèle à voter pour un choix déterminé, mais les exhorter à discerner avec un esprit critique et à prendre une décision conforme à l’évangile et à leur conscience éclairée. »
« Les partis politiques ont une grande responsabilité dans le renforcement de la démocratie, pour cela il doivent encore faire un sérieux effort pour représenter authentiquement les aspirations et les nécessités du peuple. Un signe visible serait apprécié : l’austérité des dépenses de campagnes. Ainsi, les coûts élevés sont une insulte aux habitants les plus pauvres de notre pays. »
Le document se poursuit en proposant cinq qualités que devraient posséder un candidat :
1. L’honnêteté, principe antidote à la corruption ;
2. La connaissance des nécessités des gens ;
3. Engagement à la réconciliation et à la justice ;
4. Capacités suffisantes, la bonne volonté n’est pas suffisante. La démagogie est toujours trompeuse ;
5. Sensibilité pour les pauvres, pour les exclus, pour les indéfendables, démontrée non seulement pendant la campagne mais dans sa vie quotidienne.

Nous avons essayé de passer les six candidats de Tanlajás à l’épreuve de ces critères… peu réunissent plus de trois qualités ; deux d’entre eux ne semblent pas en présenter plus de une ou deux. C’est toujours très rassurant.

Le document complet est téléchargeable sur le site de la conférence des évêques mexicains.